Paiement électronique : qui sera le maître de notre portefeuille ?

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Paiement électronique : qui sera le maître de notre portefeuille ? 12.03.10 | 17:23 | LEMONDE.FR Hubert Guillaud Des cartes de crédit allemandes. AFP/LENNART PREISS

Daniel Roth pour Wired a publié un passionnant article sur l’avenir de l’argent à l’heure du numérique où il observe comment ingénieurs et entrepreneurs attaquent l’écosystème du paiement, à la recherche de nouveaux moyens « pour démolir la forteresse que les banques et sociétés de crédits ont construite ». Il y évoque bien sûr de nombreux services, comme Twittpay, un service de micropaiement adapté à Twitter, qui vous permet d’envoyer un micro-paiement via un simple Tweet pour autant que vous soyez abonné au service. Square, le prometteur lecteur de carte de crédit qui se branche sur n’importe quel terminal, même mobile… Obopay, qui permet de transférer de l’argent d’un téléphone à un autre juste depuis son code PIN. Zong qui permet de donner son numéro de téléphone plutôt que son numéro de carte de crédit pour payer et d’être facturé de ses achats directement  sur sa facture télécom, qui signe peut-être le retour du modèle du « kiosque ». GetGiving, une application mobile qui utilise PayPal pour permettre aux organismes de bienfaisance d’accepter des petits dons sans avoir à payer les frais exorbitants de transaction par carte de crédit. Ou encore le Ven, cette monnaie virtuelle développée par Hub Culture… Sans compter les nombreuses plates-formes de prêt en P2P comme Dwolla, Propser, Zopa ouKiva… Ou celles de gestion de compte distribués, des systèmes sociaux de gestion de finances personnelles, comme Mint ou GreenSherpa… Il faut dire que nombreux sont ceux qui s’intéressent aux nouvelles formes de paiement permises par l’électronique. Et pas nécessairement que de petits acteurs : Google tente de contourner les prélèvements des intermédiaires avec son propre système de paiement CheckOut ; Facebook est également en train de développer son propre système de paiement de biens virtuels, Facebook Credits associé à PayPal ; Apple permet désormais à ceux qui développent des applications de facturer des frais d’abonnement directement via iTunes… « Environ 20 % de toutes les transactions en ligne se déroulent à présent sur ce qu’on appelle les systèmes de paiement de remplacement », selon le cabinet de conseil Javelin Strategy and Research. Il s’attend à ce que ce nombre atteigne 30 % d’ici seulement 3 ans », précise Wired. Le blogueur américain Dave McClure va plus loin : l’avenir du commerce en ligne dépend de ce nouveau modèle d’abonnement à des services de paiements virtuels. La bataille que Google, Facebook, Apple et d’autres se livrent est bien celle de la maîtrise de notre porte-monnaie. « D’ici 2015, le login par défaut et la méthode de paiement sur le web passera par Facebook Connect, Gmail ou iTunes », prédit-il. Car derrière l’authentification unique que permettent ces systèmes, l’enjeu est que cette même authentification vous serve aussi à valider vos paiements, sans plus avoir de numéros de cartes ou de comptes et mots de passe à retenir… tout en rendant l’achat moins douloureux.

LE NOUVEAU MODÈLE PAYPAL : LE SERVICE WEB DE L’ARGENT Dans le domaine, estime Daniel Roth, « personne n’est aussi ambitieux que PayPal », qui a ouvert récemment aux développeurs ses interfaces de programmation, en créant un brutal engouement. En 2 mois, 15 000 développeurs les ont utilisés pour créer de nouveaux services de paiements : ShopSavy, un comparateur de prix Japonais l’a adopté ; LiveOps, un cabinet d’externalisation, l’a utilisé pour créer un outil de paiement et de facturation simplifiée pour ses très nombreux clients… Dans cette nouvelle configuration, Paypal demeure le moyen de paiement, pendant que les développeurs s’ingénient à trouver de nouvelles modalités d’échange. Pour la plupart de ses utilisateurs, PayPal n’est pourtant encore qu’une carte de paiement numérique, qui a l’avantage de n’avoir pas eu à construire et entretenir un réseau physique, et qui propose des frais de transaction bien plus faibles que les émetteurs traditionnels de cartes. Paypal fonctionne selon un principe de cumul de dépenses sur un compte électronique, prélevant des commissions sur chacune (plus modérées que d’autres services bancaires) et envoyant ensuite à la banque une transaction carte unique… Face à la montée de la concurrence (notamment de Research in Motion pour la plateforme Blackberry ou de la plateforme iTunes d’Apple par laquelle passent les achats de musique, de films, mais surtout d’applications pour l’iPhone), et face au ralentissement de la croissance de ses revenus depuis son rachat par eBay, PayPal est contraint d’innover. Et cela faisait longtemps que les utilisateurs de PayPal réclamaient de nouveaux services : possibilité de facturation, de transfert d’argent entre entreprises, de gestion des paies de salariés… Ce sont eux qui ont eu l’idée de proposer des boutons « Faire un don » qui se sont répandus dans la blogosphère… C’est à ses utilisateurs que PayPal demande aujourd’hui de créer les outils et les fonctions qui devraient le faire grandir, via son réseau pour développeur X.com. « Les banques et sociétés de cartes de crédit ont passé 50 ans à construire un système propriétaire et verrouillé » (et sécurisé, faut-il le rappeler), qui gère des milliards de transactions annuelles. Pour l’utiliser, tout un chacun doit payer sa dime. « Il semble vraiment étrange que les sociétés de cartes de crédit puissent continuer à percevoir une taxe sur l’économie », s’étonne Aazon Patzer fondateur de Mint.com. « En dehors du gouvernement, ils sont la seule entité qui a le pouvoir de prélever une taxe sur pratiquement toutes les transactions. Cela avait peut-être du sens dans les années 60, quand l’infrastructure informatique était coûteuse et propriétaire. Mais aujourd’hui, avec de l’informatique bon marché partout, le coût réel pour effectuer une transaction n’est que de quelques centimes ». Même énervement chez le danois Christian Lanng de la société de facturation électronique TradeShift, qui envisage de développer des systèmes de facturation automatiques et dynamiques, via des outils surveillant les taux de changes ou les cours de matières premières pour effectuer des achats au meilleur moment… Pourtant, ce qui justifie la « taxe » que prélève banques et sociétés de crédits, c’est la garantie de paiement : autrement dit le fait que quand la banque accepte un paiement, elle assure le commerçant qu’il sera réglé même si le client est finalement non solvable. La banque assume un risque qu’elle fait payer. Peut-être trop cher, c’est possible et même probable, ce qui explique qu’il y ait un espace pour développer des offres concurrentes. Mais, contrairement à ce qu’évoquent Aazon Patzer ou Christian Lanng, l’essentiel du coût du paiement est plus liée au risque de non-paiement qu’au coût de la gestion technique. MONNAIES ALTERNATIVES ? PAS VRAIMENT ! Les start-up qui lancent des services de solutions de paiements ne sont pas des enfants de choeur, mais des hommes d’affaires qui repensent la façon dont on échange, dont on prête, dont on finance, dont on paye, comme le montre le programme de la Conférence dédiée à l’avenir de la monnaie et de la technologie qui se tiendra à San Francisco fin avril. On est loin des monnaies alternatives ou de la désintermédiation qu’on évoque plus volontiers en Europe autour de ces sujets. Pas sûr au final que ces nouveaux systèmes de paiement transforment en profondeur notre rapport à l’argent. Le microcrédit lui-même n’y est pas parvenu, soulignait récemment la chercheuse Esther Duflo. Il n’y a pas de raison que ces nouveaux produits soient plus miraculeux ou novateurs. Disons qu’à défaut de changer les choses en profondeur, ils pourraient faciliter le commerce, simplifier la vie des consommateurs et réduire le coût des paiements en ligne… Au prix, sans doute, d’un tout petit peu moins de sécurité et de beaucoup moins de vie privée.

Cédric
co-fondateur de l'agence
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